1792, Pierre Bordage
Résumé
1792, quelques années à peine après la Prise de la Bastille.
Émile est journalier dans une Vendée au bord de la guerre civile. Fils de parents inconnus, éduqué par l’abbé Rambaud, le curé humaniste de La Réorthe, il n’a pas sa place dans ce monde paysan déchiré entre les idées révolutionnaires qui remettent en cause des siècles de traditions et les habitudes monarchiques profondément ancrées dans la terre. Il ne souhaite pourtant rien de plus que s’établir paisiblement dans le pays, avec la femme qu’il aime.
Cornuaud, marin négrier revenu de Saint-Domingue, enjominé par une sorcière vaudoun, échoue à Nantes dans une France qu’il ne connaît plus, où les malfrats d’hier sont devenus les miliciens d’aujourd’hui. Esclave de ses pulsions meurtrières, il va devoir gagner Paris à feu et à sang à la veille des massacres de septembre 1792.
Critique
1792 est le premier tome d’une trilogie que Pierre Bordage consacre à la période troublée de l’Histoire française qui suit de peu la Révolution. Alors que les luttes de pouvoir font rage dans la capitale et que l’aristocratie en exil complote avec les puissances étrangères, le peuple de France est divisé. D’un côté, les citoyens qui veulent croire en la liberté, l’égalité et la fraternité ; de l’autre, des hommes et des femmes qui regrettent la monarchie et ne comprennent pas les atteintes à la religion qui constitue leur repère le plus fort. Ce que nous propose ici Bordage, c’est une relecture précise des événements de 1792 à travers le filtre d’une fantasy légère – une malédiction, tout juste quelques lutins –, même si le dernier chapitre laisse supposer que l’imaginaire aura une place plus importante dans les volumes suivants.
Cette relecture nous est proposée à travers le regard et les actions de deux personnages bien différents : Émile le journalier vendéen aux idées humanistes, et Cornuaud le marin négrier, sous l’emprise d’une malédiction vaudoun qui le force à tuer. Construit de façon très classique, le roman consacre chacun de ses vingt-sept chapitres à l’un, puis à l’autre de ces deux héros. Tout juste voit-on se dessiner en filigrane un troisième point de vue par l’intermédiaire de quelques personnages secondaires que l’on suit de temps en temps. Vingt-sept chapitres, donc, pour un peu plus de quatre cents pages. Le rythme est enlevé, l’action rapide et précise, les pages s’enchaînent sans que l’intérêt ne diminue, même si les passages consacrés à Émile sont souvent plus contemplatifs.
L’une des grandes forces de l’ouvrage de Pierre Bordage, c’est son réalisme. On sent que l’auteur s’est largement documenté sur la période qu’il décrit, et les lumières qu’il apporte sur la situation sociale post-révolutionnaire par le biais des pensées ou des paroles de ses personnages sont bienvenues. La violence est omniprésente et rien n’est épargné au lecteur. Au bout de quelques centaines de pages, il est facile de comprendre que pendant cette période, personne n’était à l’abri des exactions des partisans de l’un ou l’autre bord. Réalisme encore dans l’utilisation d’un langage destiné à accompagner le lecteur dans son travail d’immersion dans cette fin du XVIIIe siècle. Comme dans Les Fables de l’Humpur, Bordage s’applique à faire parler ses personnages dans une langue certainement très proche du patois local de l’époque.
1792 est une lecture passionnante dans lequel le rôle tenu par l’imaginaire est très restreint, une formidable reconstitution historique qui donne envie de se plonger en détails dans l’histoire de cette période avant de se lancer dans le deuxième volume de la trilogie.
- 1792, Pierre Bordage (2004), L’Atalante.
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Il y a un commentaire pour cet article :
1793, Pierre Bordage…
1793. Émile erre au hasard dans le pays vendéen. Cachée sous sa redingote, il porte toujours la dague que lui a confiée la créature de l’océan. Pétri de remords à l’idée d’abandonner derrière lui la femme qu’…
16 October 2005 à 21h11
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