Bifrost 40, Olivier Girard
Résumé
Bobby est étudiant en philo. Il a pris une année sabbatique pour travailler à Ground Zero. Jour après jour, il fouille les décombres et y ramasse de temps en temps un objet qu’il décide de garder “en souvenir”. À minuit, à la fin du service, il fait étape avec les deux autres membres de son équipe au Blue Lady. Parmi la clientèle d’habitués, une jeune femme attire son attention.
Au fond du trou creusé par une bombe, un soldat meurt, les jambes brisées. L’occasion pour lui de revenir sur les derniers moments de sa vie, et sur le monde qui l’entoure.
Le pays du miroir est en ébullition : c’est que l’on doit juger Rêve-errant, messager du Roi rouge pour l’univers en-deça du Miroir. Son crime : avoir éventré quelques mendiantes…
Mata Hari vient d’être fusillée. Mais si l’administration militaire imagine avoir exécuté une espionne, il n’en est rien. Car c’est plutôt Mata Napari qui est allongée sur la table de dissection, et qui évoque les souvenirs de sa vie aux côtés de la danseuse.
Khaled Johnson est historien temporel. Son métier : voyager dans le temps afin d’élucider les énigmes de l’histoire. Sa mission aujourd’hui : comprendre ce qui s’est réellement passé à bord du vol United 93 pour San Francisco, ce fameux matin du 11 septembre 2001, quand l’appareil s’est écrasé dans un champ de Pennsylvanie.
Critique
Cinq nouvelles ce trimestre au sommaire de la partie littérature de Bifrost.
“La Présence” (
) est une histoire de fantôme somme toute assez banale, si ce n’est le décor qui permet surtout de situer le récit dans une période contemporaine. Lucius Shepard prend son temps, la lecture est agréable, mais le texte n’est pas inoubliable parce qu’il manque un élément fort qui tirerait parti du décor original – original pour l’instant, en tout cas : deux nouvelles sur les événements de septembre 2001 dans ce Bifrost ; est-ce le début d’une avalanche de textes liés au terrorisme ?
“Dans le trou de la bombe” (
), de Jean-Pierre Lion, nous met face en quelques pages à un guerrier mourant, un personnage odieux qui s’apitoie sur sa mort mais auquel on a du mal à s’intéresser. Quelques éléments sur le monde qui l’a engendré, bien que très classiques, font regretter de ne pas avoir eu l’occasion d’en lire un peu plus sur ce décor.
René Reouven offre dans “Alice et ses reflets” (
) un pastiche d’Alice au Pays des merveilles. C’est très hermétique – et plutôt ennuyeux – pour celui qui n’a pas lu l’œuvre originale. Dommage que chacun ne puisse pas y trouver son compte.
“Mata Napari” (
), de Francis Berthelot, retrace la vie de la célèbre danseuse accusée d’espionnage, du point de vue de son coiffeur à la sexualité floue. C’est d’ailleurs ce qui en fait un récit fantastique ; ça, et la capacité de la “créature” à narrer l’histoire de sa maîtresse alors qu’elle vient d’être fusillée. C’est bien écrit, le sujet est plus qu’intéressant, et tout ça donne envie d’en savoir plus sur le personnage de Mata Hari.
“Vol United 93 pour San Francisco” (
) est un autre récit bien agréable, peut-être là aussi parce qu’il propose une nouvelle facette d’un événement historique. Et même si le style très oral de Christophe Lambert n’a rien de remarquable, on est captivé par son histoire. Quant à la fin, elle se joue admirablement du lecteur qui tentait d’imaginer depuis quelques pages comment ceux du futur allaient pouvoir réparer le paradoxe temporel.
Viennent ensuite quarante pages sur les parutions du trimestre passé – dont un article de Pierre Stolze et Thomas Day sur l’inévitable La Possibilité d’une île de Houellebecq –, une interview de Georges Panchard, l’auteur de Forteresse, et un compte-rendu précis et détaillé de la 63e convention mondiale de science-fiction par Gilles Dumay. Suivent une interview (14 pages seulement, c’est plus court que d’habitude) et une bibliographie de René Reouven. Roland Lehoucq évoque les dimensions de l’univers, alors qu’Olivier Girard récapitule les palmarès des prix Hugo, Campbell, et Rosny, ainsi que l’actualité du domaine et les parutions à venir.
- Bifrost 40, sous la direction de Olivier Girard (2005), Le Bélial’.

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