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L’Adversaire, Emmanuel Carrère

Écrit le 20 November 2005 • 4Essai, Lectures

Résumé

L'Adversaire

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand, médecin de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève, exécute son épouse, leurs deux enfants, ses parents, épargne sa maîtresse après avoir manqué son agression, et met le feu à sa maison en tentant de se suicider. Quelques jours plus tard, l’enquête de gendarmerie démontre à ses voisins et amis médusés que les dix-huit dernières années de sa vie n’ont été qu’une imposture. Jean-Claude Romand n’a jamais eu son diplôme de médecin et n’a jamais travaillé pour l’OMS. Il n’était rien d’autre.

Critique

Cet essai d’Emmanuel Carrère relate en 200 pages environ (une soirée de lecture) la vie de Jean-Claude Romand, faux médecin et vrai escroc, personnage principal d’un fait divers jurassien de 1993. Il ne s’agit pas d’une enquête parallèle à celle, officielle, de la gendarmerie. Il ne s’agit pas non plus de la simple relation du procès qui eut lieu pendant l’été 1996. L’Adversaire est plutôt le récit de la démarche d’un écrivain attiré par un personnage extraordinaire et par l’éclairage que ses actes portent sur notre société.

Le document est une retranscription la plus fidèle possible des événements tels qu’ils sont décrits dans le dossier judiciaire, et tout juste Carrère profite-t-il des zones d’ombre de l’instruction pour proposer au lecteur son analyse ou son opinion sur tel ou tel point qui n’a pas su être éclairci. Cela produit un texte qui rapporte – après une cinquantaine de pages d’introduction visant à expliciter la démarche de l’auteur, et avant une vingtaine de pages relatant l’après-procès – chronologiquement la vie d’un personnage hors du commun, passager clandestin de ses intimes et qui pourrait être celui d’un roman ou d’un film policier, tout en conservant un style sec et sans fioritures qui ne s’éloigne pas des événements. L’intervention régulière de l’auteur – à la première personne du singulier – renforce la sensation de fidélité à la réalité.

Carrère ne juge pas et ne prend pas parti, même s’il avoue être touché par cette histoire. Il nous offre plutôt une réflexion sur le jeu des apparences et sur la confiance que l’on peut accorder dans notre société. Un homme peut créer de toute pièce – et entretenir pendant vingt ans – un édifice qui le fait passer pour ce qu’il n’est pas auprès de ses intimes, sans que personne ne remette en cause de la moindre façon que ce soit cette situation. Terrifiant.

Commentaires

Il y a 5 commentaires pour cet article :
  1. Claire a écrit :

    Je ne pense pas comme vous : vous dites que Carrère a voulu faire “une réflexion…”. Je pense que l’auteur a voulu avant tout montrer comment un homme peut en arriver à cela.

    19 October 2006 à 19h04

  2. Syndie a écrit :

    Emmanuel Carrère a écrit ce livre pour montrer comment un homme si respectueux et aimé de tous peu tuer les gens qui l’aiment. C’est un livre commun car j’ai dû sauter des pages. L’auteur se répète et reste sur le même sujet pendant je ne sais combien de temps.

    12 December 2006 à 8h20

  3. Laila a écrit :

    Non c’est exactement ça : l’auteur se base sur des faits et les justifie mais ne prend pas position envers le personnage qu’il nous présente comme victime et coupable à la fois…

    3 January 2007 à 0h28

  4. Mérédice a écrit :

    Et bien moi je trouve ce livre exeptionnel… C’est l’un des rares livres que j’ai trouvé intéressant. Même si Carrère se répète, il insiste sur les points importants de la vie de cet homme que tout le monde aimait.
    Un livre vraiment bien fait et que j’ai grandement apprécié !

    14 March 2007 à 18h15

  5. Armelle a écrit :

    J’ai étudié ce livre en classe de première et je l’ai trouvé relativement intéressant. En effet, Emmanuel Carrère ne prend pas position dans son œuvre, il relate les faits. Quelques passages sont lourds mais restent néanmoins utiles à la compréhension.

    24 March 2007 à 14h18

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