The Curse of Chalion, Lois McMaster Bujold
Résumé
Cazaril fut courtisan, il y a une dizaine d’années. Puis, général des armées du roi, il est parti se battre dans le nord. Il a soutenu le siège de Gotorget, à l’issu malheureuse duquel il fut vendu – trahi – comme esclave. Brisé sur les galères des Roknari, il est parvenu à s’échapper et à gagner Valenda. Humble, sans fortune, il n’aspire qu’à retrouver le poste de page qu’il occupait au château quand il était plus jeune. Mais sitôt reconnu, le voilà nommé secrétaire particulier de la princesse Iselle.
Entraîné dans les affaires de Cour, Cazaril va mettre au service de la jeune fille son expérience, ses connaissances, et même jusqu’à sa vie. En l’accompagnant jusqu’à Cardegoss, où Orico, le roi, se meurt, il va croiser le chemin d’anciens ennemis, ceux-là même qui l’ont vendu aux vainqueurs de Gotorget. Quant à la malédiction qui pèse sur la famille royale depuis trois générations, Cazaril va s’y trouver mêlé d’une façon telle qu’il ne cherchera plus qu’une chose : le moyen de la lever.
Critique
The Curse of Chalion est le premier volet d’une série de trois romans qui constituent une trilogie sans être très fortement liés entre eux : si le décor politique et géographique subsiste d’un récit à l’autre, le personnage principal, lui, n’est plus le même. Il s’agit d’un texte de fantasy honnête, assez original, qui souffre malheureusement de nombreux défauts.
Formellement, le récit est extrêmement linéaire : l’ensemble des événements est relaté du seul point de vue du personnage principal, Cazaril. Et même quand celui-ci est envoyé loin de la Cour et que le lecteur sent bien qu’il est indispensable de savoir ce qu’il s’y trame, l’auteur a recours aux lettres et aux coursiers, ma foi bien commodes. Il est bien difficile, d’ailleurs, de se faire une représentation exacte des distances qui séparent chaque zone géographique : elles sont franchies tantôt en quelques heures, tantôt en plusieurs jours. C’est en quelque sorte le pré-requis du moindre roman de fantasy, et pourtant ici, pas la moindre carte de la région. Quant à l’absence de récapitulatif des personnages en présence, de leurs relations et de leurs familles ou accointances politiques (une autre habitude des récits du genre), ce n’est pas ici un réel handicap parce que le nombre de noms à retenir est relativement restreint. L’auteur est consciente, du moins, du manque et propose un appendice complet (carte du pays et des régions limitrophes, guide de prononciation, glossaire) sur son site web.
Si le récit est original dans sa façon de traiter les événements (un anti-héros, peu d’action physique, beaucoup de psychologie, une densité théologique et “folklorique” indéniable), la récurrence des deus ex machina finit par ennuyer. Même si leur existence est justifiée – littéralement ! – à la fin du récit, un soupçon de légèreté et de subtilité dans la façon d’amener les choses aurait été bienvenue. En lisant les premières pages du roman et son opportun cadavre, on se dit que l’on s’embarque dans un récit typique de fantasy. À la promotion spontanée en secrétaire particulier, on se dit que décidément, on s’enfonce dans les clichés. Au bout de la énième ficelle du type (le palefrenier aux pouvoirs théologiques certains, les prières synchronisées, les fantômes qui pourvoient en instincts bien pratiques, et le clou : le compagnon de galères qui est en fait le fils héritier du puissant roi voisin), on se lasse et on peine à s’intéresser aux événements. De toute façon, les dieux veillent.
Au final, un roman décevant, dont les premières pages – qui font beaucoup penser au personnage de Mad Martigan dans Willow – laissaient présager bien mieux.
- The Curse of Chalion, Lois McMaster Bujold (2001), HarperCollins Voyager.
- Le Fléau de Chalion, Lois McMaster Bujold (2003), Bragelonne [Trad. : Mélanie Fazi].
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