La Saison de la sorcière, Roland C. Wagner
Résumé
Pour Fric, le banlieusard qui sort de prison, l’Enclave n’était qu’une adresse où déposer la lettre d’un compagnon de taule. Mais quand les copains du quartier se mettent à tabasser un Tazu et à ligoter deux flics dans un local à poubelles, la communauté devient plutôt la planque idéale. C’est que depuis le Débarquement, la France n’est plus qu’un protectorat des Étazuniens, et la force d’occupation ne voit évidemment pas d’un bon œil les actions de résistance du Front de Libération de la Banlieue Parisienne.
D’autant que les Tazus ont déjà assez de mal à lutter contre les sorciers terroristes – responsables de l’arrachage de la Tour Eiffel par un ptérodactyle géant ou de la fonte de la Tour de Londres – et à trouver des magiciens compétents qui pourront les aider à lutter contre le Mal.
Critique
Roland C. Wagner produit avec La Saison de la sorcière un petit texte d’à peine deux cents pages sur l’impérialisme américain et la chasse aux terroristes, dans un monde qui a vu la chute des tours new-yorkaises. Là où certains auraient livré un pamphlet anti-américain, Wagner propose sur le ton de la dérision une reflexion éclairée sur la place des États-Unis dans le monde et sur l’influence des grandes compagnies qui se partagent la planète et ses ressources (p.131). À ce sujet, le passage sur les licences des programmes informatiques et ce qu’elles impliquent pour les utilisateurs (p.111), ou celui sur les brevets portant sur le vivant (p.95), sont éloquents et représentatifs de ce monde dans lequel nous vivons.
Le décor est introduit par des coupures de presse habilement disposées qui permettent de se faire une idée de l’état des relations mondiales au moment du récit. Le texte, lui, est découpé en une vingtaine de chapitres consacrés tour à tour aux aventures de la bande de copains – constituée de Fric, Vater Traüm, Lord et Tête de Maure – et à celles de la Sorcière. La banlieue parisienne dans laquelle évoluent les quatre zonards est savoureuse. Roland C. Wagner l’a déjà montré dans sa série des Futurs Mystères de Paris, il aime la capitale, et surtout sa banlieue. Et c’est avec un grand plaisir que l’on suit les aventures de ses paumés dans un décor si bien restitué. On s’y croirait ! Et ce ne sont pas les dialogues – dignes du Nic Oumouk de Larcenet – qui gâchent l’effet. En comparaison, les chapitres consacrés à la Sorcière – ou aux personnages qui gravitent autour – paraissent plus faibles, certainement parce qu’ils ne bénéficient pas d’un décor aussi riche.
Un récit qui a donc le mérite de rester modéré dans sa relation de l’occupation étatzunienne et qui – comme à l’habitude chez Wagner – fait plutôt l’apologie de la musique et de la non-violence. Pour 4,28 euros en version poche, voilà deux cents pages d’une histoire plutôt légère, mais qu’il serait dommage de rater.
- La Saison de la sorcière, Roland C. Wagner (2003), J’ai Lu.
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