Carnet

The Prestige, Christopher Priest

Écrit le 10 October 2006 • 4.5Fantastique, Lectures

Résumé

The Prestige

En cette période charnière que fut la fin du XIXe siècle, alors que les pouvoirs de l’électricité sont révélés peu à peu par des ingénieurs tels que Nikola Tesla, deux magiciens talentueux s’affrontent et rivalisent de prouesses techniques pour séduire un public avide de nouvelles prestations. Pour Alfred Borden et Rupert Angier, le combat est une vengeance qui durera plus de vingt-cinq années, nourrie de manipulations, de chantages, de sabotages, mais aussi d’admiration réciproque.

Un siècle plus tard, les héritiers des deux prestidigitateurs tentent de comprendre la nature de la rivalité qui a opposé leurs deux ancêtres, et cherchent à lever le voile sur les événements auxquels ils ont assisté pendant leur enfance.

Critique

Quelques semaines seulement après la lecture de The Separation, voilà que je me plonge déjà dans un autre roman de Christopher Priest. J’avais été très enthousiasmé par ma première découverte de l’auteur anglais, et la sortie imminente1 de The Prestige au cinéma m’a poussé à lire le roman original très rapidement.

On retrouve ici la même thématique que dans The Separation2, peut-être un peu moins maîtrisée – ou en tout cas traitée d’une façon un peu plus classique – : le double, la gémellité, les faux-semblants, la perception d’une même série d’événements par différents protagonistes, sans toutefois basculer dans deux réalités parallèles comme c’était le cas dans l’autre roman. Le texte est construit autour des deux personnages principaux et des journaux intimes qu’ils rédigent avec plus ou moins d’assiduité au fil de leur vie. Mais le lecteur sait très vite, à travers le récit d’Alfred Borden qui vient en premier, qu’il ne saura pas tout, justement, et qu’il ne pourra pas se fier à tout ce qu’il lira. Le déroulement de certains événements est confirmé après avoir été rapporté plus loin par Rupert Angier. D’autres, au contraire, se révèlent plus ambigus, et bien malin alors celui qui saura tirer au clair la vérité.

Le style est riche et les pages se tournent avec plaisir. Le récit est toujours captivant, que ce soit lors des descriptions des représentations ou des “trucs” de magicien – qui sont le plus souvent gardés secrets –, lors des autobiographies de chacun des personnages, lors des voyages d’Angier et de sa rencontre avec Nikola Tesla, ou encore lors des passages se déroulant au XXe siècle. Priest a une écriture remarquable, c’est indéniable, et même si le thème de son roman – ainsi que sa façon de le traiter – n’est plus aussi original après la lecture de The Separation, il n’en reste pas moins que le background construit par l’auteur suffit à rendre le récit très attachant. Le lecteur est invité à participer activement. Parce que certaines données sont contradictoires, parce que quelques paragraphes suffisent à faire basculer l’ensemble du récit dans une autre dimension, plus mystérieuse, on se prend régulièrement à feuilleter les pages en arrière, pour relire un passage qui semblait pourtant d’abord si innocent. C’est construit si habilement que l’on sent que chaque phrase a été pesée, et que chacune des pages peut receler une information essentielle sur la vie de l’un ou l’autre des deux héros. Qu’en est-il par exemple du gourou de cette secte, dont l’exploit fait office d’introduction au roman ? Si on oublie vite l’épisode au profit de l’histoire des deux magiciens, on ne peut s’empêcher de penser finalement qu’il a peut-être quand même un lien avec l’histoire principale…

Et même si la fin du roman paraît un peu fade – ou classique, comme je le disais plus haut – par rapport au reste du volume, on ne peut que se promettre de relire un jour The Prestige en sachant cette fois à quoi s’attendre, rien que pour la beauté de l’art.

  • The Prestige, Christopher Priest (1995), Gollancz.
  • Le Prestige, Christopher Priest (2001), Denoël Lunes d’Encre [Trad. : Michelle Charrier].
  1. Le film sort le 15 novembre en France, et même si le nom du réalisateur – Christopher Nolan – tend à rassurer, la bande-annonce est plutôt décevante. Il semble que le film se réduise à une banale compétition entre les deux magiciens, tout en oblitérant complètement les passages contemporains ou le thème central du double. À l’inverse, le fait de voir David Bowie jouer Nikola Tesla ne peut augurer que de bonnes choses…
  2. The Prestige a été publié sept ans avant The Separation, et mes lectures n’ont pas respecté l’ordre chronologique de parution des deux romans.

Commentaires

Il y a un commentaire pour cet article :
  1. ALaure.net » Le Prestige a écrit :

    [...] Cette adaptation du roman de Christopher Priest du même nom est une bonne réussite. La vie de ces deux magiciens racontée par carnets interposés est un vrai suspens. La quête de tours, l’obsession de l’illusion, sont continuellement présents. Mais ce qui donne, à mon avis, une réelle dimension à la magie c’est tout l’aspect scientifique et ingénierie qui intervient, notamment via le personnage de Nikola Tesla (joué par David Bowie !) et l’évocation de Thomas Edisson. [...]

    4 December 2006 à 23h46

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