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Demain, une oasis, Ayerdhal

Écrit le 12 November 2006 • 2Lectures, Science-fiction

Résumé

Demain, une oasis

Un médecin de l’OMES (Organisation Mondiale d’Expansion Spatiale), haut fonctionnaire international sans responsabilités, est enlevé tard le soir alors qu’il quitte les locaux de l’Organisation à Genève. Drogué, battu, il reprend conscience dans le désert africain, aux mains d’un groupe d’activistes humanitaires prêts à tout pour que le continent et son peuple puissent survivre au XXIe siècle. Livré à lui-même dans un village où la sécheresse fait des ravages, ses convictions se trouvent ébranlées alors qu’il est forcé de travailler avec ses ravisseurs.

Critique

Demain, une oasis est un roman irritant. Irritant parce qu’on aimerait bien l’aimer, parce que son sujet mérite davantage d’exposition, mais que son auteur gâche l’opportunité qui lui était donnée de faire entendre la voix du continent africain. Commençons par le style, parce que c’est finalement le moins grave. Le texte est rédigé à la première personne du singulier, à la façon d’un journal ; c’est très lisible et adapté au rythme du récit. Pourtant, on tombe régulièrement sur des curiosités sémantiques qui desservent bêtement le propos. La première fois, quand on lit la description d’un personnage “détendu, souriant, aimable, presque sylvestre” (p.130), on se dit que le choix des mots est étrange. Puis viennent l’”œil sénile” (p.131), le “sang bleu d’Auvergne” (p.150), l’”exclamation de surprise pour le moins musclée” (p.191)… Est-ce que ces expressions sont le résultat d’un pari débile (“je parie que je te place le bleu d’Auvergne dans mon prochain roman”) ? Est-ce que l’auteur est de bonne volonté alors que l’éditeur ne l’a pas relu ? Le moins que l’on puisse dire en tout cas, c’est que ça donne un drôle de récit, où on s’amuse plus à relever les bêtises stylistiques qu’à se concentrer sur le propos.

Le propos, justement. Ayerdhal est remonté contre l’Europe, les États-Unis, les riches pays industrialisés qui profitent de leur avantage en soignant leur population tout en empêchant le peuple d’Afrique de relever la tête et de se sortir de la détresse dans laquelle il est enfoncé. C’est une colère justifiée, bien sûr, et les raisonnements qui sont couchés sur papier sont légitimes ! Mais le tout est assené sans tact, avec une naïveté déconcertante. Une façon de penser qui n’est malheureusement pas si rare : plutôt que de discuter, de convaincre, on assène ses idées, on les impose, et tant pis si les autres ne sont pas d’accord. Ceux qui sont déjà acquis à la cause se sentent caressés dans le sens du poil, ceux qui s’y opposent se sentent insultés et chacun campe encore davantage sur ses positions. Et de cette façon de “négocier” naît Demain, une oasis : on ne cherche pas à convaincre, on considère plutôt qu’il faut forcer les gens pour les éveiller à une autre façon de penser. Alors on kidnappe, on force la main, et on attend que le syndrome de Stockholm fasse son apparition. C’est le terrorisme social, la dictature autoritaire du terrorisme humanitaire. Et ce faisant, Ayerdhal s’aliène la sympathie de celui qui soutient les idées mais qui ne soutient pas la méthode. On sent qu’il souhaite faire passer son message, qu’il est révolté par le traitement qui est accordé à l’Afrique. Mais les moyens sont maladroits et ne peuvent pas convaincre. Tout juste arrive-t-il à attirer l’attention sur une situation qu’il faut faire changer ; peut-être l’objectif est-il atteint malgré tout ?

Commentaires

Il y a 3 commentaires pour cet article :
  1. Nick a écrit :

    Ah ben comme ça, ça en fera un de moins à lire sur ma liste. :)

    Sur une thématique assez proche, je te conseille Aqua™ de J.-M. Ligny. Pas un chef-d’œuvre mais on ne s’ennuie pas. Et sa vision de la planète en 2030, subissant de plein fouet le dérèglement climatique fait froid dans le dos.

    9 August 2007 à 20h14

  2. David a écrit :

    Les deux bouquins sont effectivement souvent associés.

    Aqua™ est bien aussi sur ma liste. Et il serait sur mon étagère si la Poste ne l’avait pas égaré il y a quelques mois…

    10 August 2007 à 7h59

  3. David a écrit :

    Bifrost 45, Olivier Girard…

    L’anneau Médigarde utilisé par le narrateur est une anticipation qui a le goût de la réalité, et la description des problèmes rencontrés par les médecins africains est d’actualité : absence des outils d’analyse avancés utilisés ailleurs dans le monde, mais aussi des licences qui permettraient l’utilisation des logiciels de chirurgie assistée par ordinateur. Voilà en fait ce que Demain, une oasis aurait dû être ! Un joli traitement pour un sujet qui manque quand même un peu d’originalité.

    6 November 2007 à 22h31

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