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Elric of Melniboné, Michael Moorcock

Écrit le 12 April 2007 • 4Fantasy, Lectures

Résumé

Elric of Melniboné

Empereur tourmenté d’un peuple cruel et dégénéré qui a jadis étendu sa domination sur l’ensemble des Jeunes Royaumes, Elric de Melniboné ne peut se résoudre à régner et à marcher sur les traces de ses ancêtres. Alors que son cousin le Prince Yyrkoon lui dispute son autorité, alors que sa cousine et bien-aimée Cymoril n’attend de lui que d’être nommée Impératrice, Elric, quatre-cent-vingt-huitième descendant en ligne directe du premier Empereur Sorcier de Melniboné, qui sait invoquer les Seigneurs Élémentaux et réclamer l’aide d’Arioch, Duc des Enfers et Seigneur des Sept Tenèbres, Elric ne souhaite rien tant que d’abandonner le Trône de Rubis pour parcourir le monde et donner un sens à son existence.

Critique

La saga d’Elric de Melniboné est sans doute l’œuvre la plus connue de Michael Moorcock. Commencée en 1961 avec la publication de la novella The Dreaming City (reprise dans ce volume), elle se poursuit de nos jours sous la plume de Moorcock lui-même – The White Wolf’s Son (Warner Books, 2005) –, ou d’autres auteurs – Elric et la porte des mondes, anthologie proposée par Richard Comballot (Fleuve Noir, 2006). Le rythme de publication des aventures originales de l’empereur albinos ayant néanmoins considérablement ralenti ces dernières années, on trouve aujourd’hui des volumes omnibus reprenant l’ensemble des textes de la série. Pour preuve ce premier tome publié en 1993 et assorti d’une très courte préface de Moorcock le présentant comme une édition définitive, ou encore l’ouvrage publié l’année dernière chez Omnibus et concernant la traduction française des textes. On retrouve dans ce Elric of Melniboné trois romans et trois novellas publiés de 1961 à 1989, et qui constituent pour deux d’entre eux – voire trois si on considère While the Gods Laugh et la rencontre avec Moonglum1 – les textes fondateurs de la saga. Les six éléments sont liés par un court extrait de la Chronique de l’Épée Noire – une retranscription des aventures d’Elric dans son propre monde – et les quelques retouches apportées aux textes par l’auteur permettent de former un tout qui, même s’il est découpé en aventures qui peuvent se lire de façon indépendante, constitue bien un ensemble homogène. Elric of Melniboné est suivi d’un deuxième tome – Stormbringer – et les deux volumes s’inscrivent plus largement dans le Cycle du Champion Éternel2 dont ils constituent respectivement les huitième et douzième tomes.

Elric of Melniboné – le premier des romans, qui porte le même titre que le recueil – constitue chronologiquement le premier texte évoquant l’empereur albinos. Publié en 1972 (onze ans après les premiers récits mettant en scène le Melnibonéen), il synthétise et pose les bases de la mythologie du héros. Elric, empereur humaniste d’une civilisation décadente, tyrannique et guerrière, choisit de s’aventurer en dehors de l’Île de Melniboné avant de s’asseoir définitivement sur le Trône de Rubis. Moorcock a fait de lui un anti-héros : il prend à contre-pied les lecteurs habitués à une fantasy à la Conan en leur proposant un empereur albinos tourmenté par les états d’âme, un homme au physique dégénéré qui survit grâce aux potions et aux herbes qu’il ingère quotidiennement. Tous les éléments fondateurs de la saga sont là : Yyrkoon le cousin usurpateur ; Cymoril dont Elric est épris ; les Seigneurs du Chaos et les dieux élémentaux avec lesquels Elric sait pactiser ; et bien sûr Stormbringer, la fameuse épée buveuse d’âmes. Le texte lui-même évoque les épopées antiques, que ce soit par le style – tour à tour brut ou lyrique – ou par le contenu caractéristique : interventions divines, vengeances sanguinaires, armes légendaires et ruses implacables – ces aveugles qui guident l’armée d’Elric devant le Miroir de la Mémoire rappellent les stratagèmes d’Ulysse. S’il y a un texte de la saga d’Elric qu’il faut avoir lu, c’est bien celui-ci.

La Forteresse de la Perle est d’une publication bien plus tardive puisque le roman date de 1989. Découpé en trois parties, il constitue une première introduction au Multivers et au rôle des puissances divines dans le monde d’Elric. Après une longue traversée du Désert des Soupirs, l’albinos arrive épuisé dans la ville de Quarzhasaat. Contraint de partir en quête de la Forteresse de la Perle dont nul ne connaît exactement la nature, Elric vit dans la première partie du roman une aventure typique de l’heroic fantasy : contrat passé avec l’un des seigneurs locaux (p. 186), attaque d’insectes géants et intervention ubuesque des Sorciers Aventuriers (p. 205), enterrement d’un mort qui ne l’est pas encore (p. 231), etc. La deuxième partie du roman est l’occasion d’un voyage à travers une multitude de plans d’existence habités par des créatures qui n’ont de cesse de mettre à l’épreuve la force mentale du héros. C’est un thème qui tient une place importante dans la saga d’Elric – et plus généralement dans l’ensemble de l’œuvre de Moorcock – et qu’on peut rapprocher encore une fois des épopées antiques ou des contes. C’est souvent l’occasion pour Elric de rencontrer d’autres incarnations du Champion Éternel et de se confronter aux trois éléments divins : le Chaos, la Loi, et la Balance. Très abstraits, ces passages qui distinguent pourtant l’œuvre du tout venant de la production d’heroic fantasy, ne parviennent pas à me convaincre. La troisième partie, enfin, est partagée entre la découverte de la Forteresse de la Perle et le retour à Quarzhasaat où Elric met fin à l’arrangement conclu avec le Seigneur Gho Fhaazi et massacre les habitants de la cité. Un final digne de lui pour un roman qui sans être essentiel, à le mérite d’introduire le Multivers et d’évoquer le panthéon.

Le Multivers est justement le sujet principal de la première partie de The Sailor on the Seas of Fate. Après une phase d’introspection qui voit Elric regretter de ne pas être parvenu à convaincre les habitants des Jeunes Royaumes de sa sincérité, le voilà qui fait la rencontre d’Erekosë, d’Hawkmoon et de Corum, autant d’incarnations du Champion Éternel. On s’éloigne alors considérablement d’un récit d’heroic fantasy classique pour basculer dans la dimension plus spirituelle qui relie chacune des œuvres de Moorcock. C’est le Multivers, dans lequel plusieurs univers peuvent parfois communiquer entre eux. Le Champion Éternel, lui, est capable de passer d’un univers à l’autre, par des artifices auxquels il ne comprend généralement rien. Ici, il s’agit donc pour quatre personnages qui sont l’incarnation d’un même héros dans quatre univers différents de s’unir pour combattre un ennemi puissant qui menace leurs mondes. La deuxième partie du roman, anodine, voit Elric poursuivre son voyage dans les plans. Il y fait la connaissance de Smiorgan Baldhead qui l’accompagnera pour quelques aventures. La troisième partie est l’occasion d’apprendre comment les Melnibonéens en sont venus à obtenir la protection d’Arioch, le Seigneur du Chaos. Un roman mineur qui a pourtant sa place dans la saga puisqu’il l’inscrit à son tour dans le cycle du Champion Éternel et qu’il en enrichit le background.

The Dreaming City marque un retour à une fantasy d’aventure et est le pendant direct d’Elric of Melniboné. Publié en 1961, il s’agit en fait du premier texte dans lequel apparaît Elric. Alors que le Prince Yyrkoon s’est installé sur le Trône de Rubis, Elric s’empare d’Imrryr en compagnie du comte Smiorgan et d’une flotte de navires pirates. Pendant que brûle la Cité qui Rêve, l’albinos confronte son cousin et tue accidentellement Cymoril, sa bien-aimée. Ivre de douleur, il fuit les Maîtres-Dragons de Melniboné en faisant usage de sorcellerie et en abandonnant à leur sort ses compagnons. Melniboné n’est plus et son empereur erre sans but, irrémédiablement lié à Stormbringer l’épée maudite. C’est le deuxième texte fondateur de la saga d’Elric. Dans While the Gods Laugh, publié la même année et d’une moindre importance, Elric part en quête du Livre des Dieux Morts censé contenir toutes les réponses du monde, et fait la rencontre de Moonglum qui devient son compagnon d’aventure. Enfin, dans The Singing Citadel, Elric trouve un nouvel ennemi à sa hauteur – après la mort du Prince Yyrkoon – en la personne de Theleb K’aarna, sorcier de l’île de Pan Tang. La confrontation aura lieu dans une aventure ultérieure.

Elric of Melniboné – le recueil – présente donc un aperçu étendu de l’œuvre de Michael Moorcock. On peut y lire les deux textes fondateurs de la saga, mais aussi approfondir le thème avec d’autres récits qui confrontent Elric au Multivers, ou qui approfondissent le background du personnage. On y trouve en tout cas tout ce qui fait la particularité de cet univers : une heroic fantasy classique où les démons et les dieux sont omniprésents et influent sur les actions des hommes, alors que l’univers lui-même fait partie d’un tout plus important dans lequel il est aisé de s’égarer. À suivre bien sûr dans Stormbringer, le deuxième tome de la saga d’Elric.

  • Elric of Melniboné, Michael Moorcock (1993), Gollancz.
  • Le Cycle d’Elric, Michael Moorcock (2006), Omnibus [Trad. : Daphné Halin, Gérard Lebec, George W. Barlow, Michel Demuth, Franck Straschitz, E.C.L. Meistermann].
  1. Tristelune dans la traduction française.
  2. Le Cycle du Champion Éternel constituant la méta-œuvre de Moorcock, à laquelle sont reliés presque chacun de ses écrits. Pour plus d’information sur ce Cycle qui dépasse largement le cadre de cette critique, je vous invite à lire la fiche Wikipédia sur le sujet.

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