Bifrost 45, Olivier Girard
Résumé
Bill Keller, veuf depuis le décès de sa femme Lorraine, songe au suicide. Sa rencontre avec M. Ziegler, le vieux bouquiniste chez qui elle travaillait, va lui faire prendre conscience de son immortalité et de l’infinité de réalités dans lesquelles il existe.
La guerre menace d’éclater dans les colonies d’Afrique : Bab-âr le Grand Éléphant est furieux parce que sa vieille nourrice a disparu de la capitale. Pour Joseph Poujol – en mission au cœur de l’Afrique – et Émile Coué – qui mène l’enquête à Paris –, élites des services secrets français et du Bureau des Statistiques, le temps presse.
Martin – propriétaire d’un anneau Médigarde qui procède en continu à une batterie de tests médicaux sur son propre corps – est chirurgien à Sydney. Mal à l’aise dans un Occident surmédicalisé, il a choisi de s’envoler pour l’Ouganda afin d’y opérer les victimes du yeyuka, une forme virulente de cancer apparue en Afrique en 2013.
Critique
“Divisé par l’infini” (
) constitue le premier texte publié dans ce numéro 45 de Bifrost. Rédigé par Robert Charles Wilson, il accompagne l’entretien avec l’auteur qui est proposé plus loin dans la partie critique de la revue. Il s’agit d’un récit de science-fiction qui commence dans la normalité la plus totale, avant de basculer dans l’étrangeté au fur et à mesure que se révèle l’hypothèse : nous existons dans une infinité de réalités, et chaque fois qu’un événement déclenche notre mort dans l’une de ces réalités, une infinité d’autres réalités continue à exister, dans lesquelles le même événement n’a pas eu lieu ou n’a pas été fatal. Dans le cas de Bill Keller, c’est lorsqu’il renonce à prendre la vingtaine de cachets de clonazépam qui lui permettraient de se suicider que sa vie devient de plus en plus improbable. Un récit à la forme anodine qui mène néanmoins le lecteur vers une réflexion intéressante sur l’essence et le multivers.
“Ivoire équarri” (
) constitue le troisième volet du Cycle des Statistiques de Luc Dutour. On reste dans la même veine que pour les deux épisodes précédents publiés dans Bifrost 36 et 39 : une science-fiction portée essentiellement sur les jeux de mots et l’humour, absurde et rocambolesque. C’est moins bien que le premier titre, moins pire que le deuxième, mais force m’est de constater que je ne dois pas être fait pour ce genre de récit trop “léger” à mon goût. D’un point de vue technique en tout cas, je ne vois pas bien l’intérêt du fil de narration africain : la galerie de personnages est jolie, certes, mais Poujol n’y accompli à peu près rien. Une nouvelle dispensable.
Greg Egan clôt brillamment le sommaire de la partie fiction avec “Yeyuka” (
). Dans un futur proche, un chirurgien du monde occidental découvre avec naïveté les conditions d’accès aux soins de la population africaine, et la médecine à deux vitesses instaurée par les outils de traitement coûteux qu’il a l’habitude d’utiliser. S’il n’y a pas lieu de s’attarder sur l’écriture et le style qui portent l’histoire sans être autrement remarquables, les idées avancées par Egan sont elles tout à fait dignes d’intérêt. L’anneau Médigarde utilisé par le narrateur est une anticipation qui a le goût de la réalité, et la description des problèmes rencontrés par les médecins africains est d’actualité : absence des outils d’analyse avancés utilisés ailleurs dans le monde, mais aussi des licences qui permettraient l’utilisation des logiciels de chirurgie assistée par ordinateur. Voilà en fait ce que Demain, une oasis aurait dû être ! Un joli traitement pour un sujet qui manque quand même un peu d’originalité.
Ces trois nouvelles sont suivies d’une partie critique plus variée qu’à l’habitude. Une bonne trentaine de romans sont critiqués, et cela va du très bon au très mauvais. Pierre Stolze évoque dans sa chronique deux romans publiés hors des collections habituelles et qu’il finit par déconseiller – quel intérêt alors d’y consacrer trois pages ? Thomas Day assassine ensuite quatre revues, et on se demande un peu qui pourrait bien souhaiter figurer dans cette rubrique et envoyer sa production au critique, comme il le demande. Suivent trois entretiens avec Maurice G. Dantec – qui m’a donné envie de lire son Cosmos Incorporated alors que j’étais passé à côté lors de sa sortie –, Greg Egan – présentant peu d’intérêt pour qui connaît mal l’œuvre –, et Robert Charles Wilson – joliment mené, et aux questions intéressantes même si on a parfois l’impression que Wilson élude la question et répond à côté de la plaque. Évidemment, ces entretiens sont plus courts que l’entretien-fleuve qui occupe d’habitude cette partie de Bifrost, mais ça permet un peu plus de variété, et la concision ici ne fait pas de mal. En espérant que cette formule soit amenée à devenir la norme ! “Les anticipateurs” décortique le travail de Villiers de L’Isle-Adam, et Roland Lehoucq discute avec Claude Ecken dans sa rubrique “Scientifiction” des considérations techniques nécessaires à l’envoi d’un vaisseau spatial vers une planète extra-solaire lointaine. Enfin, les nouvelles du milieu récapitulent les vainqueurs du Grand Prix de l’Imaginaire 2007, et les dernières pages consacrées aux Razzies 2007 sont l’occasion d’une belle rigolade. Un numéro 45 de haute volée !
- Bifrost 45, sous la direction de Olivier Girard (2007), Le Bélial’.

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