Carnet

Bifrost 47, Olivier Girard

Écrit le 1 April 2008 • 3.5Lectures, Science-fiction

Résumé

Bifrost 47

Alors que l’univers se contracte vers le Big Crunch, une jeune fille s’occupe de quelques animaux sous la surveillance de sa gouvernante androïde K-Sandre. Pendant ce temps, Leema et Porgee, deux humains ayant choisi la voie du nuage – le transfert de leur mémoire sur un nuage de photons et d’électrons en orbite autour de la Terre – s’ennuient…

Réunis au Bar du Désert, un groupe de connaissances toutes plus déjantées les unes que les autres s’inquiète de voir descendre du speedway de 22h45… un individu ! C’est que personne ne descend jamais du speedway de 22h45 ; c’est à coup sûr une rupture dans les cycles qui régissent leur vie quotidienne !

Aubrey Darger et Sir Blackthorpe Ravenscairn de Plus Précieux – qui a la particularité d’être un chien humanoïde – sont deux cambrioleurs de haut vol. Les deux compères ont choisi de s’introduire dans le Labyrinthe de Buckingham afin de s’emparer du trésor de la Reine Gloriana.

Petit garçon, Richard rencontre à la bibliothèque un étrange personnage qui l’initie à l’origami. Pendant le restant de sa vie, il va chercher à savoir comment replier le monde pour lui donner un sens.

Critique

C’est Jean-Jacques Nguyen qui est l’auteur de “Big Crunch” (3), le premier texte de la livraison d’été 2007 de Bifrost. Un texte qui se laisse lire avec plaisir, plus pour l’évocation éminemment science-fictive de ces hommes qui ont choisi l’immortalité en disparaissant dans un nuage de particules, que pour l’histoire proprement dite de la jeune fille qu’ils ont inventée pour tromper leur ennui. Un texte qui incite aussi a redécouvrir Les Visages de Mars, le recueil de nouvelles que Nguyen a publié en 1998.

Jacques Barbéri signe avec “Les Amants du paradis artificiel” (3) une nouvelle plutôt loufoque, une sorte de mise en abîme de la vie de l’écrivain de science-fiction Philip K. Dick. On est loin du genre de textes que j’apprécie mais il y a quelque chose de plaisant à regarder cette galerie de tarés s’agiter et exposer leurs théories sur le monde. Ce sera vite oublié, mais ça reste infiniment plus lisible que le “In the Court of the Lizard King” de Bifrost 44.

“Tout sauf un chien” (3.5) a valu à Michael Swanwick le Prix Hugo en 2002. Dans ce futur étrange et à peine évoqué où les machines et les réseaux informatiques ont failli anéantir l’humanité, un chien humanoïde et doué de la parole – un peu filou et plutôt escroc – voyage tout naturellement jusqu’en Angleterre. Ce qui fait tout le charme de ce pur récit de science-fiction, c’est que Swanwick ne s’embarrasse pas d’expliquer à son lecteur comment tout cela est possible. Il faut s’ouvrir au texte et l’accepter tel qu’il est… L’intrigue, elle, tourne autour d’une escroquerie plutôt classique. À lire pour l’univers étonnant plus que pour l’histoire proprement dite.

C’est Jean-Claude Dunyach qui clôt avec “Repli sur soie” (3.5) le sommaire “fictions” de ce Bifrost. Cette jolie nouvelle reprend le thème bien connu des univers parallèles et l’illustre avec succès en s’inspirant des techniques d’origami. Un récit simple et mélancolique, empli de poésie, bien rythmé et écrit avec soin, qui laisse un bon souvenir même s’il manque un peu d’originalité.

Bifrost comprend depuis plusieurs année trois rubriques importantes : la partie littéraire avec quelques nouvelles qui sont le plus souvent d’une lecture agréable ; la partie critique qui est une véritable mine d’informations sur les sorties récentes ; et l’entretien, plus ou moins intéressant, évidemment, suivant que l’on soit plus ou moins intéressé par la victime des questions de Richard Comballot. La partie critique est forte cette fois de cinquante-cinq pages qui laissent largement de quoi ajouter quelques lignes à sa liste d’achat. L’entretien est consacré à Jean-Claude Dunyach, un bourreau de travail qui semble manquer diablement de confiance en soi. Quelqu’un aussi qui semble bien sympathique et qui accepte – comme c’est souvent l’habitude en ces pages – de se livrer en toute franchise. Merci, Monsieur Dunyach1 !

  • Bifrost 47, sous la direction de Olivier Girard (2007), Le Bélial’.
  1. À noter que la critique de La Station de l’Agnelle, premier recueil de nouvelles de Jean-Claude Dunyach publié chez l’Atalante, est disponible sur ce site.

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