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The Great Hunt, Robert Jordan

Écrit le 23 April 2008 • 4Fantasy, Lectures

Résumé

The Great Hunt

Le Cor de Valère, qui d’après les prophéties sera sonné peu de temps avant la Dernière Bataille contre le Ténébreux, a été retrouvé et mis en sûreté à Fal Dara auprès du roi Agelmar. Présenté par Moiraine à l’Amirlyn, Rand al’Thor – qui sait maintenant qu’il peut canaliser –, ne parvient pas à accepter qu’il pourrait être le Dragon Réincarné. Alors qu’il s’apprête à fuir la ville et ses amis, une armée de Trollocs parvient à s’introduire dans la forteresse de Fal Dara, libère Padan Fain – un étrange marchand corrompu par le mal – et s’empare du Cor avant de disparaître. Un message, écrit dans le sang par Fain lui-même, invite al’Thor à se rendre à la Pointe de Toman.

Alors qu’Egwene et Nyaneve gagnent Tar Valon pour entamer leur instruction et devenir Aes Sedai, Rand, Mat, Perrin et quelques hommes de l’armée de Shienar se mettent en chasse afin de retrouver Fain et le Cor.

Critique

Voici le deuxième volume de The Wheel of Time, la saga en douze tomes – dont le dernier devrait paraître à l’automne 2009 – de Robert Jordan. The Great Hunt, qui prolonge directement The Eye of the World, est un gros ouvrage de sept cents pages qui entraîne le lecteur dans la suite des aventures de Rand al’Thor. On y retrouve donc les personnages que l’on connaissait déjà, préoccupés tous autant qu’ils sont par les révélations ou les conflits qui les ont amenés jusque là. Pour Rand, The Great Hunt est l’étape de l’acceptation. Alors qu’il avait tenté de lutter jusque là contre ce qui semblait bien être sa destinée, il s’affranchit ici, avec l’absence de Moiraine, de l’influence de l’Aes Sedai. (Même si c’est pour mieux se laisser convaincre par Lanfear – l’une des Réprouvés – et par Verin – une autre Aes Sedai !) Il hésite de moins en moins à entrer en contact avec le saidin – la partie masculine du Pouvoir Unique –, et en dépit de ses efforts, il est bien forcé de jouer le rôle d’un Seigneur d’Andor plus longtemps qu’il ne le souhaiterait. S’il reste encore bien fragile, al’Thor commence à contre-attaquer. Après la mise en place de l’univers et la découverte de la quête dans le premier volume, voilà donc qu’il commence à accepter son rôle extraordinaire.

Si l’on sentait une forte influence de l’œuvre de J.R.R. Tolkien dans The Eye of the World, c’est nettement moins flagrant ici. Les références directes, en tout cas, sont moins nombreuses. Bien sûr, les réactions et le comportement d’Ingtar par rapport au Cor font souvent penser à ceux de Boromir attiré par l’Anneau Unique. Mais Jordan s’émancipe par ailleurs du Seigneur des Anneaux en proposant quantité d’autres éléments originaux. Que ce soit avec le Grand Jeu des nobles de Cairhien, par l’utilisation des Pierres Portes ou des Voies, ou encore par le retour mille ans plus tard des armées d’Artur Hawkwing envoyées par delà l’océan d’Aryth1, il nous propose clairement une fantasy originale, bâtie sur des sources qu’elle ne songe jamais à renier. The Wheel of Time ne s’inscrit pas dans la veine épique de Guy Gavriel Kay, où ce sont les personnages qui ont le plus beau rôle. Ici, souvent, c’est finalement le décor qui vole la vedette aux héros, et la richesse des descriptions n’y est évidemment pas pour rien. On a envie d’en savoir toujours plus sur l’Âge des Légendes, on se demande bien comment ont pu être construites ces deux statues gigantesques, à Tremalking et près de Tremonsien, ou ce que sont ces traînées parallèles et vaporeuses qui sillonnent le ciel dans le monde des Pierres Portes…

Pour autant, l’ouvrage n’est pas exempt de défauts. Si l’on est bien content de retrouver le personnage de Thom Merrilin à Cairhien, on est un peu déçu du faible nombre de pages qui lui sont consacrées. Il ne fait finalement ici que traverser à nouveau la trajectoire de Rand al’Thor, par un (mal)heureux hasard. Si c’est vraiment lui qui assassine le roi Galldrian par vengeance, on aurait aimé en lire le récit. Plus tard, le transport des différents groupes vers la Pointe de Toman – qui par les Pierres Portes, qui par les Voies – paraît un peu rapide, presque comme si Jordan avait besoin d’y emmener ses personnages, mais qu’il ne pouvait pas y consacrer suffisamment de pages. Heureusement, il a pris soin de montrer combien les Pierres Portes et les Voies pouvaient être dangereuses – la description des vies alternatives de Rand al’Thor à l’occasion de l’utilisation de la Pierre Porte est d’ailleurs superbe – et on ne s’attend donc pas pour autant à ce que tous les personnages voyagent comme ça désormais. En fait, l’histoire est tellement riche qu’on a presque l’impression qu’elle est un peu à l’étroit dans les sept cents pages de The Great Hunt, et qu’il aurait fallu deux cents pages de plus pour y raconter correctement tout ce qui y est évoqué !

Une chose est sûre : Jordan maîtrise magistralement son histoire et l’on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de son récit. La narration y est pour beaucoup, qui ne frustre pas le lecteur en sautant sans arrêt d’un personnage à un autre pour maintenir artificiellement le suspens, mais qui consacre au contraire le temps qu’il faut à chaque fil avant d’en aller tisser un autre. The Wheel of Time est une œuvre à part – une œuvre qui se mérite, évidemment, avec ses 10000 pages –, que l’on lira et relira en y trouvant toujours quelque chose de nouveau.

  1. C’est probablement mon élément préféré de la mythologie de cette série. Une armée qui a disparu corps et bien mille ans plus tôt en traversant l’océan, qui a en fait fondé une civilisation sur une terre lointaine, et qui revient prendre possession de ses terres d’origine… Je trouve qu’une force incroyable se dégage de cette idée.

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